Catégories
Informations et évenements

Jean Charles de Menezes: 15 ans après

Aujourd'hui marque quinze ans depuis le meurtre de Jean Charles de Menezes par la police britannique à la gare de Stockwell à Londres. Comme ils l'ont fait si souvent au fil des ans, la famille et les amis de Jean Charles se sont rassemblés devant la gare, ont allumé une bougie et déposé des fleurs dans des bouteilles d'eau en plastique de cinq litres ouvertes comme des vases de fortune. Au-dessus des fleurs se trouve une nouvelle peinture murale, qui a remplacé le sanctuaire communautaire impromptu qui a surgi ici dans les années immédiatement après le meurtre. Sous le visage souriant de John Charles, écrit en carreaux, se trouve le mot le plus important qui lui reste attaché: Innocent.

C'est grâce aux efforts simples mais puissants de la famille que la mémoire de Jean Charles peut être préservée. Portant des t-shirts «Justice pour Jean», le numéro 27 au dos pour marquer les années de sa vie, quelques membres de la communauté de Stockwell qui ont été si secoués par le meurtre de la police se sont également tenus dans un mémorial silencieux à 10 h 10, le moment où il a été abattu. D'autres passants se sont baissés pour déposer leurs propres fleurs sur les lieux. En attendant aux feux de signalisation, un chauffeur de fourgonnette a sonné son klaxon et, regardant vers le groupe par la vitre ouverte de son véhicule, a rapidement mis ses mains ensemble en prière.

Après la petite cérémonie, une cousine de Jean Charles – une jeune fille à l'époque, et maintenant une mère avec son enfant à côté d'elle – a raconté qu'elle devait encore s'empêcher de penser à la façon dont cela aurait pu être différent. Et s'il avait quitté la maison plus tard dans la journée ou plus tôt. Les policiers qui surveillaient l’adresse où vivait de Menezes, dans les semaines qui avaient suivi les attentats terroristes du 7 juillet, avaient commencé à suivre Jean Charles dans une affaire d’identité erronée qui reposait, selon eux, sur les «yeux mongols» de l’électricien.

Si l'incertitude était à la base de la poursuite, tout était parti au moment de l'exécution, et bien qu'il y ait une réticence à être si graphique, il semble toujours pertinent que la police ait tiré sept fois dans la tête de Jean Charles. La description vague et raciste de son apparence physique, l'absence de toute attention aux conséquences d'un acte si brutal; à une époque de prise de conscience croissante de la violence policière, le quinzième anniversaire du meurtre de Jean Charles nous rappelle que ce problème est loin d’être nouveau et que sa puissance n’est désormais que le résultat du temps qu’il a été ignoré.

Il reste un fait déplorable que la seule institution aussi coupable du meurtre que les policiers qui l’ont abattu et tenté de le dissimuler sont les médias britanniques. Dans les jours et les années qui ont suivi le meurtre, les frottis étaient épais et rapides. Les premières gouttes de désinformation étaient si sauvages et erronées qu'elles ont maintenant acquis une renommée qui leur est propre. Que Jean Charles portait un sac à dos (ce n'était pas le cas) et une «veste volumineuse», pas la veste en jean léger qui n'aurait jamais pu cacher l'explosif allégué par la police et les médias. Des tentatives ultérieures sur le caractère de l’homme ont suggéré qu’il avait de la drogue dans le sang, qu’il était un immigrant «illégal» – tous deux faux, mais même si ce n’est pas le cas, en aucun cas des crimes qui justifieraient une exécution extrajudiciaire.

Plus tard, refusant de laisser reposer ni la mémoire de l’homme ni la tranquillité d’esprit de sa famille, les médias sont revenus pour alléguer une autre accusation bidon contre Jean Charles, cette fois d’agression sexuelle. Mais encore, c'est l'un des premiers calomnies contre lui qui porte peut-être encore plus de résonance sur qui cet homme était et n'était pas; la police a dit, tout de suite, qu'en entrant dans la gare, il avait «franchi la barrière». Il n'a rien fait de tel. Jean Charles a payé son propre chemin; c'était un jeune Brésilien pour qui la dignité d'une vie professionnelle honnête faisait partie intégrante de qui il était.

Il y a encore de nombreuses leçons à tirer du cas de Jean Charles de Menezes. La faillite morale des médias britanniques; sa capacité et sa détermination à assassiner des personnages au profit du pouvoir de l'État britannique. La propension de la police métropolitaine à la force meurtrière, en particulier à cette époque et avec une unité d’armes à feu clairement gonflée par une agression qui a conduit à la politique «tirer d’abord, question plus tard» qui a tué Jean Charles sur le chemin du travail.

Au fil des quinze ans, cependant, il est peut-être le plus important de se souvenir de la détermination et de la dignité de la famille de Menezes. Le sanctuaire, la bougie, les fleurs, le tout face à l'intimidation policière et étatique; la leur a été une détermination, pendant une décennie et demie, à insister sur le fait que la vie de Jean Charles comptait, qu'elle devait être honorée et combattue, et qu'elle ne pouvait pas être salie.

Famille ouvrière d'Amérique latine, ils ont affronté l'État britannique. Contre toute attente et les efforts déterminés des puissants, leur lutte a fait en sorte que le nom d'un électricien brésilien soit désormais – lésé mais fier – comme synonyme des abus de pouvoir d'État les plus flagrants de l'ère moderne.

La famille de Jean Charles reste dans une bataille juridique avec la police métropolitaine, qu’ils accusent de les avoir espionnés. Ils se sont fait enlever un être cher par ce pays et ont continué à gagner la justice morale – bien qu'une justice légale complète leur ait échappé. Dans la noblesse avec laquelle ils se sont battus, ils ont rendu au Royaume-Uni plus que nous ne le méritions.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *